La Propriété


 Kwé


La Propriété

 

C’était une nation bien réelle. Chaque individu possédait quelque chose mais les droits de

propriété étaient précisément définis. Si un homme capturait un troupeau de vingt-cinq

chevaux, ils étaient siens. Si une femme tannait et cousait un tipi, il était sien.

On pouvait acheter des boucliers, des prescriptions médicales, des flèches et des robes. On

donnait aux enfants des poupées, animaux et des chevaux dont ils avaient ensuite l’entière

responsabilité. Il n’était pas question de mettre en doute leur droit à la propriété.

 

On n’encourageait  pas l’augmentation du patrimoine au-delà de ce qui était nécessaire pour

vivre normalement. Au contraire, l’idéal de générosité que l’on prônait, associé aux honneurs

rendus à ceux qui se défaisaient de leur biens, rendait les offrandes impératives.

 

L’homme qui possédait de nombreux chevaux et qui les conservait comme un trésor dépas-

sait les convenances, c’était un égoïste. A moins qu’il n’ait des vertus compensant ce défaut,

son prestige était bien moindre que celui accordé à l’homme qui donnait sans cesse des che-

vaux.  La propriété était faite pour qu’on l’utilise et non pour qu’on thésaurise. Son principal

usage était d’en faire don à autrui.

 

Par  conséquent, la richesse résidait dans l’habileté qu’avait l’homme d’accumulait des biens

pour les distribuer ensuite. Ce principe restait opératif du fait qu’il était bien entendu que re-

cevoir un cadeau impliquait d’en donner un en retour. Il n’était pas nécessaire que le cadeau

fut retourné sous une certaine forme ou sous un délai particulier. Mais, à l’exception peu-être

des vieux et des déshérités, on attendait un signe de paiement. La richesse n’était donc pas

une fin en soi, mais un moyen. La société mettait un frein à l’inclinaison naturelle de l’hom-

 me à posséder afin que ceux qui étaient le moins capables d’acquérir les éléments essentiels

ne souffrent pas de privation. L’homme généreux recevait les acclamations de tous alors que

le miséreux était objet de dédain.

 

Le schéma consistant à se défaire de ( tous ) ses biens était cristallisé de façon bien plus ri-

gide que ne  l’aurait été un simple don de cadeau. Il était bien plus frappant d’organiser de

façon formelle un ensemble de cérémonies et de terminer chacune d’elles par un Otu’han.

Chacun d’eux exigeait d’avoir accumulé une myriade de cadeaux avant que l’on puisse s’y

 soumettre. Pour parvenir à une fonction donnant une certaine autorité sur les autres, il était

nécessaire de s’acquitter de cérémonies ayant rapport à certains passages critiques de la vie,

particulièrement la puberté et la mort. Il existait un classement relativement ouvert et qui fo-

 nctionnait de telle sorte qu’un individu devait célébrer deux des quatre cérémonies initiales 

  avant d’accomplir les deux dernières. Le prix de chacune d’elles, en termes de cadeaux, était 

considérable. Certains hommes ne pouvaient s’en permettre qu’une seule dans toute leur vie.

Seule une élite pouvait accomplir les quatres cérémonies indispensables. Et la richesse, c’est

 à dire l’aptitude à donner, était loin d’être seule nécessaire au préalable ! Pour avoir le droit de

 se soumettre aux deux dernières étapes du rite d’initiation, encore fallait-il être choisi par ceux

 qui les avaient déjà accomplies. Ces derniers constituaient la classe des chefs. On les connais-

sait sous le nom de Wicasas.

 

Si un homme avait l’intention de briguer une place éminente dans son groupe, il lui fallait d’a-

bord donner pour sa fille la Isnati Alowanpi, qui peut se traduire par " chanter pour les premières

règles " . Puis la Tatanka Alowanqui, c’est à dire " chanter le bison " ou encore la Tapa Wanka

Heyapi, c’est à dire " lancer la balle " . Il devait aussi accomplir soit pour son fils soit pour sa fille

la Hunka Yapi,   c’est à dire " agiter la queue du cheval " . S’il n’avait pas d’enfant, il pouvait en

adopter un à cet effet. Puis, s’il était choisi, il devait accomplir la cérémonie de " Possession du

fantôme " et pour finir la " Cérémonie du Bison blanc " . Les interpénétrations au sein de cet

ensemble de cérémonies, de même que le modèle du Otu’han, imposaient  aux chefs d’être

benfaisants. Les idéaux de cette société maintenaient cette nécessité tout en protégeant ses

membres de l’exploitation que leur chef pourrait faire d’eux.

 

Paix et harmonie à tous...

Bad Feet Walking

Loup Blanc


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Commentaires (1)

1. lolo.cv 14/10/2011

Toujours aussi magnifique tes textes Loup Blanc. Merci de nous les faire partager.
Amitie

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